La rivière Aff

La rivière Aff prend sa source dans la forêt de Paimpont, en Ille-et-Vilaine, et sur le camp militaire de Coëtquidan. Elle passe entre Quelneuc et Bruc-sur-Aff, puis La Gacilly et Sixt-sur-Aff, et délimite les départements Morbihan et Ille-et-Vilaine. Après 66,8 km de course, l'Aff se jette dans l'Oust à Glénac. Ses principaux affluents sont l'Oyon et le Rahun.

Origine du nom

L'Office de la langue bretonne explique l’étymologie du nom de la rivière Aff par la racine celtique aba. Vers l'an 1000, on trouve une graphie Aeff qui donnera Aff. Le mot Aff possède la même racine qu’aven, qui signifie rivière.

Navigation

Très tôt, l’utilité du transport par les voies navigables est apparue parce que les chemins de terre sont peu nombreux et mal entretenus. Le cartulaire de Redon 9-10e siècle, dit que « des bateaux circulent sur l’Oust et l’Aff jusqu’à Sixt-sur-Aff, donnant lieu à la perception d’un tonlieu « par celui qui commande à Bains [sur-Oust] ». Nous imaginons que les Vikings remontèrent aussi jusqu’à La Gacilly avec leurs bateaux à fond plat.

L'Aff a été classée navigable, par ordonnance royale du 10 juillet 1835, entre La Gacilly et le canal de Nantes à Brest, sur une longueur de 8700 mètres. La largeur de la voie évolue de 15 à 25 mètres, avec un tirant d'eau proche de 1,6 mètres . La fréquentation en 1883 a été, tant à la remonte qu'à la descente, de 393 bateaux jaugeant ensemble 9766 tonneaux.

Gué de La Gacilly

Le village de La Gacilly s’est développé autour du gué qui permettait le franchissement de l’Aff.

 

Port de La Gacilly

(Sources : La Gacilly.eu)
«
De 1868 à 1874, la partie navigable de l'Aff a été l'objet de diverses améliorations : une somme de 52.911 francs a été employée à approprier le lit de cette rivière à la navigation, en le débarrassant des obstacles qui l'encombraient, en le régularisant et en l'approfondissant pour un tirant d'eau de 1m10 sur 5 m de largeur.
De 1877 à 1878, La Gacilly a été dotée d'un débarcadère dont l'établissement a donné lieu à une dépense de 13.900 francs.

Enfin de 1878 à 1883, on a exécuté un projet de travaux complémentaires de ceux entrepris de 1868 à 1874. Ce travail de parachèvement a donné lieu à une dépense qui s'est élevée à 11.000
francs, une somme de 52.911 francs a été employée à approprier le lit de cette rivière à la navigation, en le débarrassant des obstacles qui l'encombraient, en le régularisant et en l'approfondissant pour un tirant d'eau de 1m10 sur 5 m de largeur ».


Le cabotage et le chaland nantais

Dès le 18e, le transport fluvial facilite les échanges entre les provinces d’Anjou et de Bretagne. Dans leur chaland nantais, des mariniers transportent des marchandises et matériaux jusqu’à La Gacilly.
Le chaland nantais
Longue de 20 à 26m, cette embarcation est construite en bois et parfois en fer. Le chaland porte jusqu’à 100 tonnes de fret. Son tirant d'eau à vide est d’environ 40 cm et à pleine charge approche le mètre.
Jusqu’au 18e siècle, sa forme est caractéristique d’une embarcation fluviale, le chaland se redresse à l’avant et à l’arrière pour former la levée qui lui permet d'accoster frontalement par rapport à la grève. Il est généralement équipé d'un treuil horizontal qui sert à de multiples usages, comme la manœuvre du mât et la manutention des charges lourdes.

Le Béatrix à quai entre 1910 et 1913.

C'est le premier bateau de François Brohan construit chez Touchet à Juvardeil en 1892.

 

La famille charge des céréales à destination de Nantes. François et son fils René, debout sur le plat-bord, surveillent l'embarquement des sacs réalisé par un autre homme situé à gauche.

En fonction des époques, du cours d’eau et de son environnement, le chaland utilise différents modes de propulsion : le courant, la bourde, le halage humain ou animal, le déhalage, la voile et le moteur.

Le courant
Le marinier utilise le courant naturel pour descendre une rivière ou un fleuve.
La bourde
La grande perche ferrée est utilisée pour éloigner le bateau du quai ou le maintenir à distance de la berge. La bourde aide aussi à manœuvrer dans le marais de Glénac.
Le halage
Ce mode de traction terrestre d’un bateau consiste à le faire avancer sur la rivière au moyen d’une corde et d’un harnais. La corde est fixée en haut du mat pour faciliter le passage au-dessus de la végétation ou des arbres sur la berge. Le marinier et quelques membres de sa famille s'attachent à la corde de traction d’une longueur de 60 à 80 m, avec un harnais appelé « bricole ». Le groupe tire l’embarcation en marchant sur le chemin de halage, un chemin dégagé qui longe la berge de la voie navigable.
La traction animale est similaire. L’animal tracteur est généralement le cheval, mais d’autres remplissent aussi bien la tâche : âne, mulet, bœufs. Il porte un collier fixé à un palonnier pour faciliter le réglage, puisque l’animal tire le bateau de biais.

L’effort nécessaire au premier mouvement du chaland est pénible. Les hommes ou les bêtes doivent alors fournir une tension progressive sur la corde. Après, la traction régulière sur le parcours est facilitée par le glissement du bateau sur l'eau.
Le déhalage

A l'aide d'une barque annexe le marinier fixe un cordage sur un pieu situé au bord ou dans le lit de la rivière. Le chaland avance par la manœuvre de déhalage qui consiste à utiliser le treuil.

La voile
Le chaland est gréé d'un haut mât généralement de 12 à 15 mètres, parfois 20 m. La voile carrée ou rectangulaire fixée à la vergue, d'une surface qui peut dépasser 150 m2, permet de naviguer sur un plan d'eau dégagé et remonter la Loire en profitant du vent d'ouest dominant.
Le moteur
Progressivement la motorisation diesel du chaland remplace le pénible halage.

 

Le marais de Glénac
(Source : La Batellerie Bretonne, Jacques Guillet, octobre 1988, Estran)

"Le marinier qui remonte à La Gacilly abandonne le canal de Nantes à Brest, peu avant la Maclais, pour emprunter l’Aff. Pendant deux kilomètres environ la rivière traverse le marais de Glénac, recouvert par les eaux six à huit mois de l’année, envahi par la végétation le reste du temps. L’absence de chemin de halage oblige alors le marinier à se débrouiller seul. Il utilise le plus souvent la perche ou la voile. Pendant ce temps le matelot fait le tour, avec le cheval, par le pont de Bilaire et de Glénac. A partir du Port-Corbin, une sente tracée dans les prairies par le passage répété des chevaux et des hommes rend à nouveau le halage possible jusqu’à La Gacilly."

Un marinier tracte un chaland sur le canal du Berry. La bricole portée en écharpe est fixée au cordage qui est lui même accroché au mat de halage à l'avant du bateau.