L'école en 1950

      

L’Ehpad du Laurier Vert a offert à ses résidents un voyage dans le temps de leur jeunesse. Nous voici le 25 mars 1950, dans une classe composée de douze élèves au caractère affirmé. Plusieurs adultes les accompagnent dans leur formation scolaire avec pour objectif d’obtenir le précieux sésame qu’est le Certificat d’Études !

L’aventure théâtrale de l’Ehpad n’en est pas à son premier essai, déjà en avril 2025, les résidents et leurs proches ont pu assister à la rencontre de Marguerite et Hubert, à leur mariage et même à la soupe de lait, le tout imprégné de beaucoup d’humour et de rire.

En ce jour de mars 1950, nous sommes à l’école, où un peu de sérieux s’impose, cependant l’équipe a su envelopper chaque scène d’une bonne pointe d’humour.

Avant la lecture, imaginez que les personnages portent les tenues des années 50.

On entend les trois coups, la pièce va commencer.

 

La pièce est en six actes qui suivent le déroulement une journée de classe bien organisée mais à laquelle les élèves dissipées, rêveurs ou polissons vont apporter de la fantaisie. 

Acte 1 : les enfants commencent la journée d’école

Marthe, l’institutrice, est dans sa classe en compagnie de Philomène qui accomplit une punition en nettoyant tableau et pupitres. Henriette, dont le père est boucher, offre à la maîtresse quelques provisions afin de se faire bien voir. Les deux élèves rejoignent leurs camarades dans la cour.

Surgissent alors les élèves traversant leur classe en chantant Sacré Charlemagne, tandis que le public se met à les accompagner joyeusement.

Les élèves sont maintenant en rang et, avant d’entrer en classe, présentent leurs mains à Sœur Gertrude qui en vérifie la propreté. Aujourd’hui c’est le filou Félix que l’intransigeante surveillante envoie à la cuisine se laver les mains. Nos garnements n’en ont pas fini, Gonzague laisse tomber ses cahiers puis Marie-Rose arrive en retard et se fait gronder. La maîtresse rédige la morale du jour ; « La parole est d‘argent mais le silence est d’or ». Blanche, bonne élève, relève une faute alors que d’autres papotent ou se grattent la tête.

C’est l’heure de la récitation : Le Corbeau et le Renard. Tous les résidents la connaissent et la récitent mieux que certains élèves qui se trompent dans les mots, le corbeau porte un corsage selon Henriette ! Blanche lève le doigt désespérément.

 

Mais voici que se présentent deux nouveaux personnages : Monsieur Eloi, le directeur et Sœur Berthe, l’infirmière. Tout le monde se lève sauf Mathurine qui rêvasse comme à son habitude. François le cancre et Marie-Rose la dissipée gloussent, Gonzague le maladroit fait à nouveau tomber ses cahiers et Gonzague continue de se gratter la tête. Monsieur Eloi et Sœur Berthe annoncent une prochaine visite médicale avec vaccination contre la tuberculose. Mais qu’est la tuberculose ? « Une patate » explique Mathurine notre rêveuse, précisant que c’est un tubercule ! Le directeur donne quelques explications sur la maladie et rappelle l’importance de la vente des timbres qui finance la lutte contre la tuberculose. Victor avoue timidement n’avoir pas tout vendu contrairement à Blanche. La Sœur Infirmière informe qu’elle procédera à la vaccination dans le bras et vérifiera si les têtes abritent des poux. Gonzague se gratte toujours la tête pendant que quelques camarades bavardent, ce qui vaut à Marie-Rose de porter un magnifique bonnet d’âne !

 

« Le Tour de la France de deux Enfants » : de cet ouvrage Marthe, la maîtresse a préparé une dictée dont elle épelle les mots de façon à aider les élèves. Mais ils ne font rien comme il faut ! On triche, on rouspète, on écrit trop lentement et 

Mathurine, qui écrit de la main gauche, reçoit un coup de règle de la part de la maîtresse qui lui rappelle qu’il est interdit d’écrire avec la main du Diable.

François, puis Augustine vont au tableau pour la correction de la dictée sous la surveillance de Blanche pendant que Philomène démonte le stylo bille de Henriette, se met de l’encre sur le visage et que les craies volent en tous sens. François quant à lui s’endort, fatigué d’avoir dû aider son père pour la naissance d’un veau. 

Acte 2 : La récréation

Nous sommes dans la cour, les filles forment une farandole en chantant À la claire fontaine avec les spectateurs. Les garçons jouent au ballon mais Victor l’envoie sur la cornette de Sœur Gertrude et le directeur lui donne des lignes à copier. Les filles jouent maintenant à la marelle et à la corde à sauter et Sœur Gertrude doit faire des remontrances à cause des disputes. Gonzague offre un bonbon à Blanche et on entend « Hou les amoureux ! », Sœur Gertrude est à nouveau mise à contribution pour expliquer le mot « amoureux », ce qu’elle tente avec quelques circonvolutions, avant de donner l’ordre de se mettre en rang pour regagner la classe. 

Acte 3 : seconde partie de la matinée d’École

Les élèves entrent deux par deux en classe pour assister au cours de géographie dispensé par Frère Jacques, vêtu d’une ample soutane et portant de grandes lunettes. À l’aide d’une baguette il pointe des lieux sur une carte de France, insistant sur la Bretagne dont les départements et préfectures sont parfois cités avec des erreurs que Frère jacques ne relève pas toujours, ce qui encourage les enfants à entonner Frère Jacques, repris gaiement par l’assemblée des résidents !

 Frère Jacques enseigne aussi les sciences naturelles. Il présente aux élèves les étapes successives de la germination du haricot – facétieusement - en se basant sur une planche illustrée et ne manque pas de rappeler à toutes et tous l’importance d’obtenir son Certificat d’Études. 

Acte 4 : la cantine

Pendant que la classe se trouve métamorphosée en cantine, toute la Place du Village chante Il y a ben 10 ans, ils ont mangé tous les poulets puis les élèves entrent en scène en chantant Trempe ton pain, Marie trempe ton pain.

 

Les élèves sont sagement assis sur un banc portant une serviette à carreaux autour du cou. Sœur Gertrude distribue les bols et les cuillères pendant que Sœur Antoinette, la cantinière, termine la préparation d’une bonne soupe - une vraie – qu’elle distribue ensuite à chacun. Sœur Gertrude veille à tout, elle nettoie de son tablier un bol sale et boit la soupe de Marie-Rose qui n’aime pas ce breuvage. À l’issue du repas, Sœur Antoinette range son chariot et les élèves quittent la scène en chantant J’ai bien mangé, j’ai bien bu

Acte 5 : la récréation du midi

Des ballons de baudruche colorés sont envoyés vers le public qui lève les bras pour les attraper. La salle se remplit alors de couleurs joyeuses !

Une nouvelle chanson est reprise par l’assistance : À la volette. Les bénévoles préparent la salle de classe. 

Acte 6 : la classe de l’après-midi

Après inspection des mains par Sœur Gertrude, arrive l’heure du calcul mental dont les réponses sont écrite sur l’ardoise qu’on lève, sauf Mathurine encore dans la lune. Nous avons droit à un récital de bêtises de la part des galopins. François triche sur Gonzague qui fait tomber son crayon, tous deux sont mis au piquet le temps de deux calculs. François revenu à sa place a trouvé comme solution d’inscrire zéro à chaque question. Henriette et Philomène discutent des résultats puis Philomène monte sur sa chaise pour tricher sur Blanche. Gonzague se gratte encore la tête et Victor chante sa table de multiplication pour mieux s’en souvenir. « Quand on a bien appris ses tables, on les sait pour toute sa vie », cite avec sagesse la maîtresse.

Nouveau travail : un problème. Il s’agit de planter un rosier - dont le prix est de 7F50 - tous les 0,5 m sur un hexagone …

 

Arrive le moment de la visite médicale. Sœur Berthe approche avec son chariot d’infirmière qui suscite la curiosité. Sœur Berthe appelle François qui s’évanouit à la vue de la seringue, ce qui lui vaut quelques claques, puis il se plaint d’avoir mal au ventre, on entonne donc Je ne suis pas bien portant alors que quelques filles de la classe montent sur leur chaise et miment la chanson.

Une fois les élèves vaccinés, Sœur Berthe traite généreusement les poux à la Marie-Rose ce qui occasionne une confusion avec l’élève du même nom. Frère Jacques se gratte la tête.

 

La maîtresse entame la correction du problème Les questions et les réflexions fusent. Non, l’hexagone n’a pas huit côtés ! Oui, les rosiers piquent. Félix insiste pour créer un passage entre les rosiers. Blanche trouve la bonne réponse mais, pour les autres élèves, le prix de la plantation des rosiers s’élève de 18 francs à 1.800 francs.

 

C’est la fin de la journée d’école. La maîtresse donne les devoirs à faire pour le lendemain, le directeur rappelle qu’il faut de l’argent pour la tuberculose.

Arrivent, avec un beau landau, les parents de Marie-Rose qui ont rendez-vous avec Monsieur le Directeur. Celui-ci se plaint de leur fille, souvent en retard à l’école et dissipée en classe, il craint qu’elle n’obtienne pas son Certificat d’Études. S’ensuit un quiproquo truculent entre le directeur qui s’exprime en français et les parents qui lui répondent en gallo. Le papa menace sa fille d’aller chez les bonnes-sœurs à Saint-Jacut : «Elles seront t’ dersseu ! ».

 

Les élèves, après avoir chapardé des pommes, se ruent vers la sortie. 

Rideau ! 

Retour des acteurs sur scène qui chantent L’école est finie.                                                                                               Frère Jacques présente les acteurs de la pièce et distribue aux élèves la Croix et les Certificats d’Études. 

 

Les auteurs du spectacle ont bien mérité d’être applaudis généreusement. Nombre d’éléments et anecdotes qui apparaissent sont le résultat de plusieurs mois d’une contribution entre résidents et bénévoles sous la houlette de Karine et d’Isabelle, les animatrices. La Gacilly Patrimoine a été invitée à assister à la première séance de collectage. Dans chaque secteur du Laurier-Vert, les résidents qui le souhaitaient se sont réunis autour d’une table en compagnie de bénévoles attentifs à chacun. Les participants ont apporté nombre de connaissances, de souvenirs, d’anecdotes et aussi de critiques sur un temps où l’autorité devait être respectée si on ne voulait pas être puni. Les résidents les plus réservés ont été encouragés à s’exprimer et, le récit de souvenirs en entraînant d’autres, la matière mémorielle s’est révélée très riche et est allée au-delà des souvenirs d’école. Les bénévoles se sont intéressés également à l’origine des résidents, nous avons constaté que nombre d’entre eux ont vécu leur jeunesse hors de notre canton et que parmi les professions exercées il se trouve quelques enseignants qui ont pu apporter un double témoignage, ayant connu les deux côtés du bureau.

Après l’étape préalable du recueil des souvenirs est venu le temps d’élaborer la trame du récit et de choisir les éléments à faire figurer le court temps d’une pièce.

 

 

Les craies et les ardoises, les chants, la cantine, les punitions, les dictées, le calcul mental, les poux et la tuberculose, le Certificat d’Études, mais aussi la nature des relations humaines et le respect de l’autorité, sans oublié l’implication des enfants dans les travaux de la ferme, représentent des notions pour partie inconnues des élèves de 2026, dès lors, il est précieux de les remettre en scène en s’appuyant sur les souvenirs de nos anciennes et de nos anciens et ceci grâce aux  personnes qui les accompagnent par leur métier ou bénévolement.

J’ai été agréablement étonnée de découvrir l’implication de deux jeunes acteurs de talent, Thibaud et Dorian, plus vrais que nature dans leurs rôles d’élèves espiègles. Pour autant, les autres « enfants » se sont réincarnés dans le temps de leur école primaire, de ses facéties et des gentilles bêtises, comme s’ils ne l’avaient jamais quittée.

Quel brio et quelle inspiration aussi chez Marthe, la maîtresse, Monsieur Eloi le Directeur, Hubert le musicien, chez les parents de Marie-Rose avec un beau landau, chez Sœur Berthe, Sœur Gertrude, Sœur Antoinette et Frère Jacques, tous les adultes qui veillent sans relâche à l’éducation, à l’instruction et à la santé des jeunes insouciants, qui ont avec mérite obtenu le Certificat d’Études tant espéré !

Dans tout spectacle on admire les comédiens mais de l’autre côté de la scène d’autres participants ne méritent pas moins notre attention. Grâce à leur vigilance et à leur promptitude les décors se trouvent changés, les musiques et les ballons jaillissent, les chariots de soupe ou de soin apparaissent et disparaissent, les actes sont annoncés, et les différents temps de la pièce sont ainsi bien rythmés.

Des bons points également aux vêtements d’époque dont les tenues religieuses, aux accessoires variés qui composent une salle de classe, de la craie aux tables, mais aussi au choix des animations tels la musique, les chants et la récitation, et les ballons, qui ont créé une ambiance à laquelle des résidents ont participé avec beaucoup de spontanéité.

 

Pas de spectacle sans un chef d’orchestre ! Félicitations à Karine pour avoir porté le projet, depuis l’idée jusqu’à sa réalisation en compagnie de l’équipe des bénévoles et des résidents participants. En bonne metteuse en scène, connaissant la pièce par cœur, elle était de tous côtés pour veiller à son bon déroulement selon un document conducteur bien préparé sur lequel je me suis appuyée pour la rédaction de cet article. 

De retour en 2026, c’est l’heure du goûter pour les résidents qui ont passé un excellent moment de nostalgie et d’humour.

Un grand merci et félicitations à l’équipe joyeuse et dévouée qui a œuvré pour « l’École en 1950 ».

Pour nous, membres de l’Association de La Gacilly Patrimoine, il est particulièrement émouvant d’assister à la reconstitution de lieux et de personnages que nous côtoyons habituellement sur le papier à travers des photographies et des textes anciens dont nous prenons soin et pour lesquels nous souhaitons partager le plaisir de la découverte. 

Nous ne pouvons qu’encourager les proches des résidents à assister aux animations proposées au Laurier Vert, ils seront certains de passer un moment joyeux et émouvant. 

Les participants, par ordre alphabétique :

Les élèves :

Augustine, élève timide 

Blanche, élève intelligente 

Cécile, élève sérieuse 

Félix, élève Filou 

François, élève cancre 

Gonzague, élève maladroit 

Henriette, élève fayotte

Marie-Ange, élève avec un toc 

Marie-Rose, élève dissipée

Mathurine, gauchère et rêveuse 

Philomène, élève sportive 

Rosalie, élève sérieuse

Victor, élève timide

Nathalie

Martine M

Marie-Thérèse

Thibaud

Dorian

Denis

Josiane

Martine R

Lydie

Claude

Jacqueline

Martine J

Michel


Les adultes :

Frère Jacques, le maître

M Eloi, le Directeur

M Le Breton, père de Marie-Rose

Marthe, la maîtresse

Mme Le Breton, mère de Marie-Rose

Sœur Antoinette, la cantinière

Sœur Berthe, l’infirmière 

Sœur Gertrude, la surveillante

Jean-Claude

Yannick

Loïc

Marité

Annick

Marguerite

Josette S

Maryvonne


La logistique :

Intendance, logistique et mise en scène

Intendance, logistique

Logistique

Musicien accordéoniste

Photographie et intendance

Réalisation et mise en scène

Josette T

Isabelle

Barbara

Hubert  

Nathalie

Karine


Les remerciements :

Aux animatrices : Karine et Isabelle

A l’association Arc-en-Ciel

Aux résidents : acteurs et collectage.

                                                                                                                                                       Claude, rédactrice.                                                                                                                                              Alain et Jean-Claude, relecture.