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Titre

A propos de la lithographie « vue de La Gacilly » de Hyacinthe Lorette

publiée en 1842 dans le livre « le château et la commune » de Emile Ducrest de Villeneuve

Rédacteur : Christian LE QUELLEC
Version : juillet 2009
Dernière correction : 20 août 2009
La lithographie

Lithographie « Vue de la Gacilly »
avec les inscriptions
(Harembert del, Lith. Landais à Rennes, H. Lorette.)
parue en 1842 dans le livre
« Le château et la Commune »
de Emile Ducrest de Villeneuve.
Préambule

Préambule

Cette lithographie est l’unique représentation que nous ayons de La Gacilly au 19e siècle, aussi est-il intéressant de savoir si elle est réaliste, ou si ce n’est qu’une simple interprétation artistique. La réponse nous est donnée par le nom de l’artiste : Hyacinthe Lorette (1794-1872). Dessinateur paysagiste, il collaborera au cours de sa carrière à deux importants ouvrages de dessins dont Mes Souvenirs et l’Album breton.

Ce dernier ouvrage écrit par Ducrest de Villeneuve et publié en 1841, contient cent planches dessinées d’après nature par Hyacinthe Lorette et lithographiées à deux teintes. Il concerne les villes de Rennes, Saint-Malo, Vitré, Redon.

Hyacinthe Lorette exécute à la même période un dessin d’après nature de La Gacilly pour illustrer le livre de Ducrest de Villeneuve « Le Château et la Commune » publié en 1842.

Analyse

Analyse

Le dessin a donc évidemment été exécuté avant cette date. La date exacte est plus difficile à préciser, mais un examen attentif du bâtiment (7), permet de reconnaître la « maison de ville » (la Médiathèque, aujourd’hui) dont la construction commence en 1834. C’est une observation sous grossissement qui permet d’apporter la preuve en distinguant deux détails caractéristiques : l’horloge représentée sur la façade, la tourelle prolongée d’un mât et son pavillon métallique, toujours en place aujourd'hui. Les qualités de dessinateur de Hyacinthe Lorette sont donc une garantie quant à la réalité de la représentation sinon à sa justesse. A partir de ce constat, en utilisant le plan cadastral de 1824 et les plans d’aménagements des Ponts et Chaussées (1856, 1878, 1896, 1903) on peut déduire des informations intéressantes pour le patrimoine gacilien.

Le pont (1)

Le pont (1)

Le pont représenté ici est l’ancien pont dont la construction demandée par Olivier III de Montauban a été autorisée par le pape Jean XXII vers 1320. Ce pont subira les vicissitudes du temps et particulièrement les crues de l’Aff. Le marquis de La Bourdonnaye fit reconstruire la grande arche et les parapets en 1719, nous dit Ducrest de Villeneuve. La construction du pont actuel sera réalisée de 1868 à 1870.

La maison (2)

La maison (2)

La maison appartenait à Julien Bizeul en 1824 et est inscrite "maison Guénevé" sur les plans de 1856. Elle est détruite lors de la construction du pont actuel en 1868-70.

La maison (3)

La maison (3)

La maison représente la chamoiserie. Sur le plan de 1856 le nouveau propriétaire est Louis Poligné (1802-18xx). Puis en 1878 elle devient un moulin à céréales appartenant à Pierre Denis. En 1903 elle appartient pour une part à Pierre Denis et pour l’autre part aux héritiers de veuve Aristide Boucher. Ces bâtiments seront inclus dans le terrain communal, espace récupéré sur la rivière comme le montre la comparaison des plans de 1856 et de 1903.

La maison (4)

La maison (4)

La maison appartient à Julien Bizeul est désignée comme «maison». Elle sera détruite et n’apparaît pas sur le plan 1856. La maison dite du docteur Coignard a été construite ultérieurement en 1896, comme l’indique l'inscription dans le médaillon de la façade. Il porte aussi les initiales "LB" de son premier propriétaire et constructeur Louis Bourrée, entrepreneur (1856-1941).

La maison (5)

La maison (5)

La maison appartient à Joseph Siloret en 1824 . Ducrest de Villeneuve analysant les éléments remarquables entre le placis Ducrest et le pont d’Aff signale qu’une maison fut construite en 1828 par Louis Poligné, « près du pont du côté du levant ». Faut-il comprendre que cette maison qui se situe entrée du pont coté La Gacilly a été modifiée par Louis Poligné comme le suggère les tracés des plans de 1856? Par la suite elle devient la propriété de Louis Bourrée et sur un plan de 1878 ce bâtiment est nommé « hôtel Bourrée ».

Dans cet immeuble la brigade de gendarmerie s’installera le 18 juillet 1884. Il appartient aujourd’hui à la société Yves Rocher et héberge l’Office de Tourisme au rez de chaussée.

Pour les deux maisons 4 et 5 il peut y avoir un certain doute concernant l’exactitude des représentations des orientations données aux maisons par Hyacinthe Lorette. Elles ne sont pas identiques sur la lithographie et sur le plan cadastral de 1824. Nous ne savons pas si c’est une simplification faite par l’artiste, (il est peu probable que ce soit les plans des Ponts et Chaussées qui soient erronés).

La maison avec escalier (6)

La maison avec escalier (6)

La maison avec escalier n’est que partiellement représentée sur le plan cadastral de 1824. Elle est en effet située sur la commune de Sixt. Mais la parcelle 1524, juste devant, est désignée comme étant le courtil du moulin appartenant à Julien Bizeul.

Le courtil et le moulin sont séparés par un coursier bien visible sur le plan d’aménagement Ponts et Chaussées de 1856.

L’arrêté préfectoral de 1856 va permettre à Louis Poligné de faire évoluer le moulin en une minoterie comme le confirme la vente publique faite en 1884 des immeubles provenant de la communauté Poligné-Villerio. De plus la comparaison des plans Ponts et Chaussées de 1856 et de 1896 montre cette extension des bâtiments qui aboutit en 1903 à la minoterie (devenue le Végétarium Yves Rocher en 2005).

La minoterie achetée par Pierre-Marie Denis, propriétaire jusqu’en 1911 est ensuite achetée par Chaumeil ingénieur meunier qui l’équipe d’une turbine.

L’église paroissiale (8)

L’église paroissiale (8)

L’église est bien celle qui apparaît sur le plan cadastral de 1824. Orientée est-ouest, c’est l’ancienne église paroissiale Saint-Nicolas, dont l’architecture est similaire à celle des églises de la région (Carentoir, Glénac, Saint-Malo-de-Beignon). On ne peut distinguer la chapelle latérale construite en 1626 au sud. On peut supposer qu’elle est dissimulée par la végétation.

Coté Est de l’église, nous observons un clocheton qui n’est signalé dans aucun texte. Sa présence est plausible puisque le clocher Ouest a été construit bien après les deux chapelles et la cloche installée fin 18e siècle. Ce clocheton aurait pu abriter une petite cloche utilisée lors de l’élévation pendant la messe. La maison au pied de l’église est l’ancien presbytère, car c’est la seule qui soit orientée est-ouest sur le cadastre de 1824, elle est décrite dans un document notarié de 1683.

Ceci permet de conclure que nous avons une représentation assez précise de l’ancienne église Saint-Nicolas.

La «chute d'eau» (9)

La «chute d'eau» (9)

La «chute d’eau» représente ce qui existait avant le déversoir: un seuil schisteux où était aménagé une pêcherie. C’est sur le seuil schisteux qui apparaît nettement sur le plan cadastral de 1824 que sera bâti le déversoir.

Sa direction prescrite par arrêté du 30 novembre 1856, est modifiée par celui de juillet 1862. Mais une demande de 1896 concernant la diminution de sa longueur de quinze mètres laisse supposer que la construction du déversoir sera réalisée bien après la construction du nouveau pont.

La butte du château (10)

La butte du château (10)

Le rapprochement entre plan cadastral de 1824 et de la lithographie permet de préciser le lieu d’exécution du travail de l’artiste. Installé devant la maison où se trouve aujourd’hui l’artisan dinandier, en surélévation par rapport au chemin, avec angle de vision de 40° degré il apercevait une « butte (10) » recouverte de végétation qui était la butte du château .

La présence de végétation est confirmée en 1837, par l'acte de donation de la parcelle 1364 par les soeurs Grinsart-Lassalle à la commune : "La butte plantée de bois de futaye". Dans un texte paru en 1884, le juge E. Etrillard, témoin oculaire, décrit l’apparence boisée du lieu : " ...depuis un temps immémorial, cette petite colline, couverte d’une luxuriante végétation..."

Elle sera arasée en 1884.

Conclusion

Conclusion

En conclusion, malgré quelques imprécisions, cette lithographie représente la Gacilly vue du bout du Pont vers 1840. Beaucoup d’éléments sont identifiables sur les plans et confirmés par les écrits de cette période.