Cet article résume la conférence de Michel Bérenger
le 26 novembre 2011 à la Gacilly
sur la vie de "Jean Meschinot"
Selon les recherches de Jean-Claude MAGRE, la Ville-Louet appartenait en partie à Guillaume Meschinot, père de Jean Meschinot, poète soldat et rhétoriqueur de quelque renom et ensuite à Nicole Eluart, femme du poète.
L'abbé Le Claire les cite dans son ouvrage « l’ancienne paroisse de Carentoir », citations que reprend l'abbé Chérel dans ses écrits sur La Gacilly.
Des Gaciliens sont encore aujourd'hui propriétaires d'une parcelle dénommée « pâture Meschinot ».
| Jean Meschinot naît en 1420, dans la paroisse de Monnières, en Loire Atlantique aujourd’hui, à la Cour des Mortiers, domaine qui dépend de la baronnie de Clisson. | ![]() |
Son enfance et son adolescence se déroulent aux Mortiers. C’est la vie d'un fils de petit hobereau breton telle celle décrite au siècle suivant par Noël du Fail, juriste breton. Toute son enfance, Jean Meschinot la passe au milieu des paysans et des vignerons dont il évoquera le triste sort dans « Les Lunettes des Princes ».
Il a participé avec eux aux fêtes religieuses, aux processions puis aux fêtes profanes de la moisson et des vendanges. Il peut donc parler des joies mais surtout de la souffrance des paysans et de leurs faces faméliques car il a vécu parmi eux et comme eux a redouté guerres et intempéries.
On se rend compte que celui-ci a lu, sinon étudié la Bible et certains auteurs latins. Il a lu le roman de la Rose, des chansons de gestes et des lais. Meschinot parle de « moult autres anciennes histoires ». Mais sa culture prendra ensuite de l'importance grâce aux contacts qu'il aura à la cour de Bretagne, à celle du Roi René d'Anjou, à la cour de France et enfin auprès de Charles d'Orléans.
Mais il lui faut songer à l'avenir et Guillaume Meschinot, son père, le recommande au seigneur de Clisson afin qu'il apprenne à être un valeureux soldat. Au cours de ce temps de formation, il rencontre ses amis fidèles, Eonnet Sauvage et Mathelin de St Martin, (Pierre Richard).
Meschinot fait partie de la cour ducale de François I et le suit; d’abord à Ploërmel, puis à Auray car le duc François doit y accueillir Isabelle d'Ecosse sa nouvelle épouse. Ensuite Meschinot gagne Rennes dans la suite ducale pour le couronnement du Duc. Il doit veiller sur lui ayant gardé sa fonction acquise sous Jean V. Ce sont sans aucun doute pour le petit hobereau des Mortiers, des jours fastueux.
En 1444, il rentre aux Mortiers, peut-être pour se marier. En effet dans son ouvrage « Les lunettes des princes » Meschinot parle de sa demeure d'infortune. Pourquoi? Meschinot a 24 ans, on peut raisonnablement penser qu'il est marié à une jeune noble, Philippa d'Andouelle, native de Pouzauges en Poitou, qui enceinte d'un autre homme, accouche d'une fille qu'elle étrangle à sa naissance. Cette femme est donc emprisonnée en attendant son jugement. Meschinot peu rancunier et généreux comme il semble qu'il ait été, file en Lorraine rejoindre son protecteur Richemont afin que ce dernier obtienne la clémence du roi. Une lettre de rémission absout la coupable.
Pierre, son frère, devient duc sous le nom de Pierre II. Il est le mari de Françoise d'Amboise, dame de la Gacilly. Meschinot conserve son titre et sa fonction. Il l'accompagne à Montbazon pour l'hommage simple au roi de France, Charles VII. Meschinot, vraisemblablement, n'assiste pas à la dernière bataille de la guerre de cent ans, à Castillon car il est à un poste d'honneur à St Malo sous les ordres du sire de Derval et aux côtés de son frère d'armes Eonnet Sauvage car l'on craint une descente des Anglais sur nos côtes. Commencent ensuite pour Meschinot des années assez fastueuses dont il dira :
| « J'ai eu robes de martres et de bièvres (castors) Oiseaux et chiens à perdrix, à lièvre servant dames à Tours et à Meung sur Yèvre... » |
En 1455, Pierre II demande l'approbation du roi Charles VII au sujet du mariage de son neveu le futur François II. Meschinot en tant qu'écuyer garde du corps est du voyage. Ils sont accueillis à Bourge. Les fêtes données y sont somptueuses et surtout le roi approuve les dispositions prises par le duc pour le futur mariage.
Puis Tours est atteinte et au cours du séjour Meschinot est invité à dire quelques poèmes et rondeaux pour lesquels il reçoit du duc 5 écus d'or et les œillades de dames de Cour. C'est le retour à Nantes car le duc ne veut rendre hommage lige au roi. Mais une histoire de trahison oblige le duc et sa suite à revenir auprès du roi pour plaider la cause du traître, le duc d’Alençon, qui est neveu d'Arthur III et gendre de Charles d'Orléans; cause bien plaidée, cause gagnée et dans la foulée, le duc rend au roi l'hommage simple.
Retour vers la Bretagne, accompagné de Charles d'Orléans et arrêt à Blois. Quel bonheur pour Meschinot de converser avec ce prince poète, de visiter sa riche bibliothèque, de transcrire ballades et rondeaux et d'échanger des idées sur l'art poétique.
En 1458 Arthur III meurt épuisé par une vie de guerres et de combats.
| « Mes maîtres morts, mon honneur est deschu Et tout malheur m'est en partage eschu. » |
Comble de malheur, au cours de son périple post disgrâce, il tombe dans une embuscade tendue par des détrousseurs. Il y reçoit un tel coup de perche sur la tête qu'il en devient presque sourd : « Je n'ai plus rien mais sourd comme une bûche suis devenu ». Tout ceci amène notre poète à se pencher sur lui, à réfléchir, et à moraliser, c’est là l'une des sources d'inspiration des « Lunettes des Princes ». A partir de là il se désigne comme le « banni de liesse ». Il se surnomme ainsi par opposition peut-être à François II qui a pris pour devise : « Il n’est plaisir que de liesse ».
La domination de l'argent l'exaspère avec les coups de chance des grands financiers, le goût du risque des traders de l'époque, l’absence de scrupule et la malhonnêteté .Cela pour lui entraîne la baisse des vertus chrétiennes (charité et justice). Il voit aussi la bourgeoisie enrichie acheter des domaines aux nobles déchus et appauvris. En ce sens c'est un poète engagé.
Il est marqué par les cabales et les perfidies de la Cour ducale : « La cour est une mer dont sourd vagues d'orgueil, d’envie, orages ». Il perçoit les manœuvres du parti français, traîtres en puissance pour sa terre tant aimée. Il ressent les inimitiés profondes entre les conseillers bourgeois du duc et les grands barons arrogants alimentés par l'argent français.
Pour lui, « Un porcher vaut bien un empereur et tout homme peut être dit prince, car il a reçu de Dieu gouvernement d'âme »
Est-ce aussi vers ces années là qu'il a pris pour femme Nicole Elvart de la Ville-Louet car le livre de l'abbé Le Claire nous apprend qu'en 1465 la seigneurerie de la Ville Louet appartient à la femme de Jean. Meschinot.
Mais comme il le dit lui-même : « Malheur ne peut toujours durer »
La vie de notre poète devient confortable. Il est poète officiel de la Cour, apprécié par ses maîtres. De plus, il est auditeur à la Chambre des Comptes de Bretagne ce qui lui permet d'assister aux Etats de Bretagne de 1470. Ses déplacements sont nombreux, de Redon à Vitré en passant par Marcillé où il a bon gîte et bon couvert en suivant son seigneur.
En 1471, il assiste au mariage de François II avec Marguerite de Foix, sa seconde épouse, future mère d'Anne de Bretagne. Le duc a fait venir Meschinot personnellement pour chanter la beauté de Marguerite; c’est la consécration officielle du poète. Tout se déroule à Clisson, cher au cœur de Meschinot. C'est sans doute là qu'il va présenter la Bretagne comme une riche région non sans avoir loué auparavant la nouvelle duchesse.
Enfin un accord intervient. Le duc se tire d'affaire en renvoyant dos à dos les parties, ne voulant pas mécontenter de vieux serviteurs l'ayant l'un et l’autre bien servi. De cette période, Meschinot en tire amertume et pessimisme.
Et pourtant de 1480 à1487, il assiste aux Etats de Bretagne à Vannes ou à Rennes. Il s'honore de la charge de Général des Monnaies à la Cour des Comptes de Bretagne.
Anne connaît Meschinot, il est poète de cour. Entre la fillette de 11 ans et le poète vieillissant s'établit une entente faite de respect et d'admiration réciproques. Ne dit-on pas qu'il aurait parfait son latin, fait découvrir les auteurs anciens et le Roman de la Rose prompt à enflammer l'esprit d'une adolescente cultivée. Il est nommé premier maître de l'hôtel de la jeune duchesse. Meschinot suit sa petite duchesse au cours de ses déplacements.
Anne est couronnée à Rennes en 1489. Il assiste cette dernière. Il participe encore aux Etats de Bretagne de 1490 en tant que membre de la chambre des Comptes. Et c'est sans doute la dernière cérémonie à laquelle il assiste. Il approche de la fin de sa vie.
« Tu fuis la mort, elle de toi se rapproche »
Le 12 septembre1491, Jean Meschinot meurt. Où exactement? On ne le sait pas. Il reste donc beaucoup d'interrogations à propos de cet homme. Sans doute fut-il marié trois fois. Eut-il des filles? On ne peut pas l’affirmer.
Dans son œuvre on trouve une adresse ou une admonestation à celles-ci mais il peut s'agir d’un procédé littéraire cher aux rhétoriqueurs. Il eut au moins deux fils, Jean qui s'opposa à Boisbrassu et Gilles (sire des Mortiers) qui parmi les seigneurs bretons accompagna le cœur d'Anne de Bretagne de St Denis à Nantes pour être déposé dans la chapelle des Carmes.
Anne a fait représenter sur le tombeau de François II édifié par Michel Colombe les quatre vertus des Lunettes des Princes : Force, Prudence, Justice et Tempérance.
Est- ce un dernier hommage rendu au vieux poète? Pourquoi-Pas?
| Force | Prudence | |
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| Justice | Tempérance |
« Les Lunettes des Princes » fut l'ouvrage le plus imprimé de l'époque. Pourquoi ne pas y voir l'aide apportée par la duchesse Anne, très attachée aux arts et aux lettres car au moins 25 impressions se succédèrent de 1493 à 1539 dont la plus intéressante pour nous bretons fut celle de 1493 tirée sur les presses nantaises lors de l'introduction de l'imprimerie à Nantes.
Meschinot est chanté aujourd'hui encore. Les TRI YANN ont mis en musique le poème : « Princes qu'en mains tenez » et si l'on ne devait de lui retenir un texte, ce serait ce rondeau amoureux.
| M'aimerez vous bien, Dictes par vostre ame? Mais que je vous aime Plus que nulle rien, M'aimerez vous bien? |
avec préface, note et index d’Olivier de Gourcuff
| La bibliographie a sauvé les Lunettes des Princes
d’un oubli complet. Tant d’éditions ont été faites de cet ouvrage, et
des imprimeurs si renommés, les Vostre, les Pigouchet, les Galiot du
Pré, y ont mis la main, que les curieux s’en souviennent et le
recherchent encore. Mais on peut douter que ceux mêmes qui l’ont placé
sur le rayon de choix de leurs livres rares, entre deux incunables grecs
ou latins, aient entrepris de le lire. Nul ne « se baigne en
Meschinot » , comme au temps de Marot, et les Lunettes des Princes,
que Charles-Quint ajustait sur son nez impérial, sont aujourd’hui
sacrées à la façon des odes de Lefranc de Pompignan : personne n’y
touche. Sur la foi du titre, on les rapproche parfois du Prince de Machiavel : c’est dire à quel point on les ignore.
Jean Meschinot n’est pas beaucoup mieux connu que son livre. Les anciens bibliographes se bornent à dire qu’il naquit à Nantes et fut maître d’hôtel des ducs de Bretagne. Guillaume Colletet n’avait eu garde de l’omettre dans ses Vies des poètes français ; nous avons extrait cette notice de la copie partielle du précieux manuscrit de Colletet que possède la Bibliothèque Nationale et l’avons publiée à part (à Vannes, Imprimerie Lafolye, 1889). Un seul écrivain moderne, M. P. Levot, dans la Biographie bretonne, a pu donner, sur la vie de Meschinot, quelques indications concluantes ; les renseignements qui suivent sont tirés de cet excellent travail. Nous avons consulté aussi la notice de Colletet. Jean Meschinot, sieur des Mortières, connu aussi sous le nom de Banni de Liesse, qu’il se donne dans une requête adressée au duc de Bretagne François II, naquit vers 1430, probablement à Nantes. Il entra très jeune au service du duc Jean V (...) lire la suite sur le site http://fr.wikisource.org/wiki/Les_Lunettes_des_Princes |
en vente sur le site http://www.artcurial.com
| Copie de l'offre du 3/02/2011 Paris, Jehan
Bignon, 1539. In-16 de 128 ff.n.ch. ; maroquin bleu nuit grain long,
dos lisse, frises de filets droits et ondulés, compartiments ornés de
fleurons au petits fers et pointillés, fine dentelle en encadrement sur
les plats, roulette intérieure, pointillé et petits fers sur les coupes,
coiffes guillochées, tranches dorées (Courteval).
OUVRAGE D'UNE GRANDE RARETE. Tchemerzine, IV, 711 : cet exemplaire ; Renouard, III, 745 ; Brunet, III, 1670. C'est la dernière édition des Lunettes des princes ; elle a été partagée entre Jehan Bignon, Gilles Corrozet, Pierre Sergent et Pierre Hermier. Marque de Jehan Bignon au verso du dernier feuillet, dont le recto est blanc. Ce petit livre renferme l'essentiel de l'œuvre du poète breton Jean Meschinot (v. 1420-1491), qui fut écuyer des ducs de Bretagne et maître d'hôtel de la jeune duchesse Anne. Chef-d'œuvre de l'ancienne poésie française, les Lunettes des princes connurent un succès comparable à celui des Testaments de Villon. "On a là un opus magnum, forme chère aux Rhétoriqueurs. S'y déploie en effet tout le talent du Breton pour les formes rimées (...) comme pour la prose". Cf. Bossuat (1992), pp. 816-817. Le texte des Lunettes est suivi de vingt-cinq Ballades dont le refrain est fourni à Meschinot par le dernier vers des vingt-cinq strophes du Prince de Georges Chastellain. On y trouve une charge de la figure de ce "prince détestable qu'incarnait alors, pour le défenseur des droits bretons comme pour le chroniqueur bourguignon, Louis XI". EXEMPLAIRE REVETU D'UNE EXQUISE RELIURE DE COURTEVAL EN MAROQUIN BLEU, PARFAITEMENT ORNEE AUX PETITS FERS.
Estimation 13 000 - 15 000 €Étiquette imprimée collée au verso de la première garde : "Courteval, relieur, rue des Carmes, n° 5". Il s'agit de la deuxième adresse de ce relieur, actif de 1796 à 1836, qui exerçait auparavant au n° 1 de la même rue (le 5 a d'ailleurs été tracé à la plume en surcharge du 1, imprimé). Petit manque de papier dans un coin du titre et de deux feuillets, sans atteinte à l'imprimé ; pâles rousseurs, très éparses ; marge sup. un peu courte ; les ff. ont été anciennement numérotés à la plume. Exemplaire Lindeboom, cité par Tchemerzine (vente de 1925). - Autres provenances : Auguste P. Garnier et Jean A. Bonna, avec les ex-libris. |
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Le tombeau de François II
François II s'éteint en 1488, à 53 ans, deux ans seulement après la mort de Marguerite de Foix, sa deuxième épouse et mère de la célèbre Anne de Bretagne. Il sera le dernier Duc de Bretagne, puisque l'alliance avec la couronne de France sera scellée par les mariages successifs d'Anne (avec Charles VIII puis Louis XII) : elle sera deux fois reine de France mais ne pourra finalement empêcher la fin de l'indépendance du Duché, réuni à la couronne de France en 1532. Anne commande en 1499 un tombeau magnifique pour recevoir dignement les restes de ses parents. Deux artistes sont associés à sa réalisation : Jean Perréal, peintre, architecte, décorateur, « intendant artistique » du roi de France, qui conçoit le plan d'ensemble, tandis que la statuaire est confiée au breton Michel Colombe. (...) Une fois achevé, le tombeau est placé dans la chapelle des Carmes à Nantes, conformément au voeu de François II qui souhaitait y rejoindre la dépouille de sa première épouse, Marguerite de Bretagne. D'ailleurs à Nantes, le monument est parfois appelé « tombeau des Carmes ». Les restes de Marguerite de Foix, deuxième épouse donc, viendront ensuite s'y associer après qu'Anne aura obtenu du pape Jules II leur transfert de la cathédrale. (...)
Les statues d'angle
Ces quatre statues sont particulièrement intéressantes; on peut même
considérer qu'elles témoignent le mieux du génie de Michel Colombe. Il
s'agit de quatre femmes, en pied, chacune postée à un coin du tombeau.
Certains spécialistes tendent à dire qu'elles sont assez maladroitement
intégrées à l'ensemble, mais ce n'est pas le plus important à notre
avis.
Lire la suite de l'article http://nantescathedrale.free.fr/tombeau.htmCes quatre femmes représentent les quatre vertus cardinales : La Prudence, La Tempérance, La Justice et La Force. |
Situation du tombeau dans la cathédrale de Nantes![]() |













![Les Lunettes des Princes, imprimées à Paris par Jehan Treperel [sic] libraire demourant sur le pont Nostre Dame, à l'ymage Sainct Laurens, l'an mil CCCC quatre vingts et dix neuf Les Lunettes des Princes](tl_files/publication/jehan_meschinot/diaporama/vignette/Edition Les lunettes des princes 3.jpg)












