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2012-01-02 00:00 par Alain BERNARD (0 commentaires)

Jean MESCHINOT

L'article sur le poète Jean Meschinot, par Michel Bérenger est consultable sur ce site.

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2009-10-23 00:00 par Christian LE QUELLEC (0 commentaires)

Une épée à inscription du XIIIe siècle

La publication Une épée à inscription du XIIIe siècle, par Stéven Lemaître est consultable sur ce site.

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Patrimoine > La Gacilly Patrimoine > Documentation > Article Jehan Meschinot

Cet article résume la conférence de Michel Bérenger
le 26 novembre 2011 à la Gacilly
sur la vie de "Jean Meschinot"

Seigneur des Mortiers - dit « le banni de liesse »-

Lorsque l'on vient de Ruffiac à La Gacilly, peu avant le « Laurier vert », sur la gauche, le regard est attiré par une construction moderne de tôles grisâtres qui semble écraser une ancienne ferme; ferme qui fut la propriété, au temps des ducs de Bretagne, de deux familles dont l'une a laissé un nom à la postérité, la famille Meschinot. Il semble donc que ces deux familles se soient partagées ce domaine : les Eluart et les Meschinot. La Ville-Louet ou Villouet
Selon les recherches de Jean-Claude MAGRE, la Ville-Louet appartenait en partie à Guillaume Meschinot, père de Jean Meschinot, poète soldat et rhétoriqueur de quelque renom et ensuite à Nicole Eluart, femme du poète.
L'abbé Le Claire les cite dans son ouvrage « l’ancienne paroisse de Carentoir », citations que reprend l'abbé Chérel dans ses écrits sur La Gacilly.
Des Gaciliens sont encore aujourd'hui propriétaires d'une parcelle dénommée « pâture Meschinot ».
Enfance et jeunesse
Jean Meschinot naît en 1420, dans la paroisse de Monnières, en Loire Atlantique aujourd’hui, à la Cour des Mortiers, domaine qui dépend de la baronnie de Clisson. La Cour des Mortiers
Domaine des Mortiers Les Mortiers figurent toujours sur les cartes, et le manoir noble, s’il est de réfection récente, possède une tourelle du XVème siècle, contemporaine de Jean Meschinot. Aujourd'hui encore le domaine est cerné par les vignes, les landes et les bois, tel qu'il est présenté dans l’aveu du 14 mars 1450 qu'en fit son père Guillaume au sire de Clisson.
De sa famille, nous avons quelques minces renseignements; il est de petite mais d'ancienne noblesse. Nous connaissons aussi l'étendue du domaine et la localisation des terres le composant. Les Meschinot sont à la fois nobles et pauvres. Il écrit d'ailleurs, parlant de lui-même : « Gens sans argent ressemblent à corps sans âme ». A-t-il des frères et soeurs? On connaît le nom de la seule ou d'une de ses soeurs, Catherine, qui épousera un certain Jean Pibout et habitera la paroisse de Tréal.
Son enfance et son adolescence se déroulent aux Mortiers. C’est la vie d'un fils de petit hobereau breton telle celle décrite au siècle suivant par Noël du Fail, juriste breton. Toute son enfance, Jean Meschinot la passe au milieu des paysans et des vignerons dont il évoquera le triste sort dans « Les Lunettes des Princes ».
Il a participé avec eux aux fêtes religieuses, aux processions puis aux fêtes profanes de la moisson et des vendanges. Il peut donc parler des joies mais surtout de la souffrance des paysans et de leurs faces faméliques car il a vécu parmi eux et comme eux a redouté guerres et intempéries.

Mais à l'inverse d'eux, il a pu approcher les connaissances de l'époque. L'éducation de Meschinot a été austère, il a appris à garder pour lui ses sentiments. Dans ses oeuvres, il ne s'épanche pas beaucoup. Mais c'est un trait de l'époque. Peut être a-t-il reçu l'éducation des Cordeliers qui tenaient école à Clisson depuis 1410 installés là par Margot de Clisson. On peut aussi imaginer que Meschinot ait été éduqué par un chapelain comme beaucoup de nobles à cette époque.
Château de Clisson
On se rend compte que celui-ci a lu, sinon étudié la Bible et certains auteurs latins. Il a lu le roman de la Rose, des chansons de gestes et des lais. Meschinot parle de « moult autres anciennes histoires ». Mais sa culture prendra ensuite de l'importance grâce aux contacts qu'il aura à la cour de Bretagne, à celle du Roi René d'Anjou, à la cour de France et enfin auprès de Charles d'Orléans.
Mais il lui faut songer à l'avenir et Guillaume Meschinot, son père, le recommande au seigneur de Clisson afin qu'il apprenne à être un valeureux soldat. Au cours de ce temps de formation, il rencontre ses amis fidèles, Eonnet Sauvage et Mathelin de St Martin, (Pierre Richard).


Métier des armes et rencontres amicales
Puis vient Charles d’Orléans. Ce prince passa 25 ans de sa vie, prisonnier des Anglais à Londres, car il n'y avait personne pour payer sa rançon. Il est enfin libéré en 1440.

Cette captivité sur le plan littéraire sera profitable aux lettres françaises; Charles d'Orléans vient remercier le duc de Bretagne Jean V d'avoir participé au paiement de sa rançon et il espère encore obtenir de lui quelques subsides pour pouvoir survivre. Nous sommes en 1441 et peut être Meschinot a-t-il rencontré Charles. D’Orléans. Il est certain qu'un an plus tard, ils sont ensemble au mariage de François de Bretagne avec Isabelle d'Ecosse.
Charles d'Orléans
Duc de Richemont C’est sans doute le début d'une amitié. En cette fin d'année 1441, Meschinot est nommé écuyer de corps et de chambre de Jean V. De ce fait, il figure sur le livre des Comptes de Bretagne. Ne servant que par quartier il a donc du temps libre aussi assiste-t-il Richemont. Meschinot va servir son duc consciencieusement et en le louant à juste titre : « Ce prince de sagesse, non pareil en largesse, prudent en fait, et bénin en langage ».
Ce prince admiré, Meschinot va le connaître peu car il meurt à Nantes au manoir de la Touche en août 1442 laissant le trône à son fils aîné François I.

Meschinot fait partie de la cour ducale de François I et le suit; d’abord à Ploërmel, puis à Auray car le duc François doit y accueillir Isabelle d'Ecosse sa nouvelle épouse. Ensuite Meschinot gagne Rennes dans la suite ducale pour le couronnement du Duc. Il doit veiller sur lui ayant gardé sa fonction acquise sous Jean V. Ce sont sans aucun doute pour le petit hobereau des Mortiers, des jours fastueux.
En 1444, il rentre aux Mortiers, peut-être pour se marier. En effet dans son ouvrage « Les lunettes des princes » Meschinot parle de sa demeure d'infortune. Pourquoi? Meschinot a 24 ans, on peut raisonnablement penser qu'il est marié à une jeune noble, Philippa d'Andouelle, native de Pouzauges en Poitou, qui enceinte d'un autre homme, accouche d'une fille qu'elle étrangle à sa naissance. Cette femme est donc emprisonnée en attendant son jugement. Meschinot peu rancunier et généreux comme il semble qu'il ait été, file en Lorraine rejoindre son protecteur Richemont afin que ce dernier obtienne la clémence du roi. Une lettre de rémission absout la coupable.

 
Gilles de Rais Meschinot continue ensuite à guerroyer auprès de Richemont en Lorraine. En 1446, nous le retrouvons au château de Nantes où pour ses étrennes le duc lui offre un gobelet d'argent d'un poids de deux marcs. Le duc se rend ensuite à Chinon résidence royale pour l'hommage à Charles VII. Meschinot fait partie de la suite ducale et assiste à l'hommage simple que le duc rend au roi. « Mais après beau temps vient pluie et tempête » et à nouveau Meschinot guerroie aux côtés de son duc, du futur Pierre II et de Richemont. Il participe à la reprise de Fougères ainsi qu'à la campagne de Normandie (Formigny). Sans doute, prend-il part en plus à la reddition d'Avranches et de l'ilôt de Tombelaine.
Meschinot ne parle jamais du drame de cette époque que fut l'assassinat de Gilles de Bretagne dont on peut penser que l'entourage du duc ne fut pas innocent. Puis François I meurt à 36 ans en son manoir de Plaisance près de Vannes, Meschinot le regrette beaucoup car il fut « bon maître et duc ».
Pierre, son frère, devient duc sous le nom de Pierre II. Il est le mari de Françoise d'Amboise, dame de la Gacilly. Meschinot conserve son titre et sa fonction. Il l'accompagne à Montbazon pour l'hommage simple au roi de France, Charles VII. Meschinot, vraisemblablement, n'assiste pas à la dernière bataille de la guerre de cent ans, à Castillon car il est à un poste d'honneur à St Malo sous les ordres du sire de Derval et aux côtés de son frère d'armes Eonnet Sauvage car l'on craint une descente des Anglais sur nos côtes. Commencent ensuite pour Meschinot des années assez fastueuses dont il dira :
« J'ai eu robes de martres et de bièvres (castors)
Oiseaux et chiens à perdrix, à lièvre
servant dames à Tours et à Meung sur Yèvre... »

En 1455, Pierre II demande l'approbation du roi Charles VII au sujet du mariage de son neveu le futur François II. Meschinot en tant qu'écuyer garde du corps est du voyage. Ils sont accueillis à Bourge. Les fêtes données y sont somptueuses et surtout le roi approuve les dispositions prises par le duc pour le futur mariage.

La suite de ce voyage se déroule à Mehun où c'est un enchantement pour notre poète. Là ce ne sont que tournois, joutes, repas, danses et chasses. Le retour du duc est marqué par une halte aux Ponts de Cé. Il y rencontre René d'Anjou (le bon roi René) et c'est l'occasion pour Meschinot de revoir ce poète et de deviser avec lui. Nous savons qu'ensuite Pierre II et notre poète viennent à Redon à l'abbaye Saint Sauveur. Ce passage à Redon est le dernier pour Pierre II car quelques semaines plus tard il meurt à 40 ans. Fêtes et repas
Arthur III de Richemont Meschinot sert donc un nouveau duc, Arthur III (Arthur de Richemont, connétable de France depuis 1425 et prince breton). Entre eux deux existent respect et attachement. Meschinot est toujours écuyer et poète de cour. Il suit Arthur III en France pour une rencontre avec le roi. Un arrêt à Angers, le duc étant malade, permet une autre rencontre avec René d'Anjou.
 Puis Tours est atteinte et au cours du séjour Meschinot est invité à dire quelques poèmes et rondeaux pour lesquels il reçoit du duc 5 écus d'or et les œillades de dames de Cour. C'est le retour à Nantes car le duc ne veut rendre hommage lige au roi. Mais une histoire de trahison oblige le duc et sa suite à revenir auprès du roi pour plaider la cause du traître, le duc d’Alençon, qui est neveu d'Arthur III et gendre de Charles d'Orléans; cause bien plaidée, cause gagnée et dans la foulée, le duc rend au roi l'hommage simple.
Retour vers la Bretagne, accompagné de Charles d'Orléans et arrêt à Blois. Quel bonheur pour Meschinot de converser avec ce prince poète, de visiter sa riche bibliothèque, de transcrire ballades et rondeaux et d'échanger des idées sur l'art poétique.
En 1458 Arthur III meurt épuisé par une vie de guerres et de combats.
Disgrâce et œuvre littéraire
Meschinot perd son protecteur et connaît la disgrâce pour des raisons inconnues :
« Mes maîtres morts, mon honneur est deschu
Et tout malheur m'est en partage eschu. »
Meschinot disparaît du livre des comptes de Bretagne. François II le nouveau duc veut-il rajeunir les cadres? Est- il séduit par les idées nouvelles dont on sent le frémissement? Meschinot lui paraît-il trop médiéval? Nul ne peut répondre à ces questions. A-t-il eu une querelle personnelle avec François II ? Meschinot paraît déprimé, il quitte tout, famille, domaine, espérances. Il lui arrive d'invoquer la mort, il pense au suicide. Il parle de sa dague et pense s'en donner un coup pour mettre fin à ses tourments. François II de Bretagne

Comble de malheur, au cours de son périple post disgrâce, il tombe dans une embuscade tendue par des détrousseurs. Il y reçoit un tel coup de perche sur la tête qu'il en devient presque sourd : « Je n'ai plus rien mais sourd comme une bûche suis devenu ». Tout ceci amène notre poète à se pencher sur lui, à réfléchir, et à moraliser, c’est là l'une des sources d'inspiration des « Lunettes des Princes ». A partir de là il se désigne comme le « banni de liesse ». Il se surnomme ainsi par opposition peut-être à François II qui a pris pour devise : « Il n’est plaisir que de liesse ».

Les Lunettes des Princes Selon diverses sources, il a dû composer son œuvre principale « Les Lunettes des Princes » entre 1459 et 1461. Cet ouvrage se divise en trois parties et est composé selon les règles et les artifices des rhétoriqueurs que sont les poètes de la fin du moyen-âge. La première partie comporte des éléments autobiographiques exprimés parfois de façon assez obscure, la seconde partie est écrite en prose, quant à la troisième partie plus sentencieuse, elle est aussi plus moralisatrice, plus donneuse de conseils, bien dans le style de l'époque. Pour les rhétoriqueurs, la poésie est l'expression de vérités essentielles (morales et politiques).
« Les Lunettes des Princes » est l'œuvre la plus connue de Meschinot, un véritable succès d'édition. Il a cependant écrit d'autres pièces dont des textes polémiques contre Louis XI imitant en cela Chastelain le poète de la cour de Bourgogne avec lequel il a entretenu sans doute une correspondance. Tous deux défendent l’indépendance de leur duché face à la monarchie française. Les Lunettes des Princes

Notes sur les lunettes des princes
Cette œuvre est hantée par le thème de la mort, du désespoir. Cependant Meschinot s'il n'est pas du genre à ouvrir son cœur, nous livre quelques idées, quelques valeurs qui ont jalonné sa vie. Dans ses écrits, il va fustiger la guerre car pour lui le devoir des princes est de maintenir la paix. On peut critiquer le prince qui est cruel envers ses sujets : Les Lunettes des Princes
Les Lunettes des Princes « Il ne vaut pas qu'on le prise une pomme ».
Il dénonce la pauvreté amenée par les guerres et les chevauchées, la misère paysanne :
« Il n'a plus de blé pour porter au moulin
On lui ôte drap de laine et de lin
L'eau sans plus lui demeure pour boire. »

La domination de l'argent l'exaspère avec les coups de chance des grands financiers, le goût du risque des traders de l'époque, l’absence de scrupule et la malhonnêteté .Cela pour lui entraîne la baisse des vertus chrétiennes (charité et justice). Il voit aussi la bourgeoisie enrichie acheter des domaines aux nobles déchus et appauvris. En ce sens c'est un poète engagé.
Il est marqué par les cabales et les perfidies de la Cour ducale : « La cour est une mer dont sourd vagues d'orgueil, d’envie, orages ». Il perçoit les manœuvres du parti français, traîtres en puissance pour sa terre tant aimée. Il ressent les inimitiés profondes entre les conseillers bourgeois du duc et les grands barons arrogants alimentés par l'argent français.
Pour lui, « Un porcher vaut bien un empereur et tout homme peut être dit prince, car il a reçu de Dieu gouvernement d'âme »
Est-ce aussi vers ces années là qu'il a pris pour femme Nicole Elvart de la Ville-Louet car le livre de l'abbé Le Claire nous apprend qu'en 1465 la seigneurerie de la Ville Louet appartient à la femme de Jean. Meschinot.
Mais comme il le dit lui-même : « Malheur ne peut toujours durer »
Le retour en grâce

En 1461, Meschinot rentre en grâce auprès du duc, il est nommé gentilhomme de sa garde et l'accompagne en Touraine pour l'hommage au roi de France Louis XI. Cependant des conflits entre la France et la Bretagne éclatent de 1462 à 1469 (bataille de Montlhéry et ligue du Bien Public, Interdit religieux de Nantes). A propos de l'interdit de Nantes, Meschinot va écrire un poème où il développe trois idées; avant l'interdit, la ville de Nantes était prospère, maintenant c'est la misère d'où l'indignation du poète contre l'évêque Amaury d'Acigné. Louis XI
Château de Vitré Rentré en grâce, notre poète soldat va devenir une sorte d'inspecteur des armées bretonnes, il est chargé de passer en revue les recrues féodales. La vie de Meschinot est celle d'un seigneur et il lui faut mener un train de vie au-dessus des rentes versées par le duché aussi est-il autorisé à se mettre au service de Guy de Laval et de Vitré, époux de Françoise de Dinan.
La vie de notre poète devient confortable. Il est poète officiel de la Cour, apprécié par ses maîtres. De plus, il est auditeur à la Chambre des Comptes de Bretagne ce qui lui permet d'assister aux Etats de Bretagne de 1470. Ses déplacements sont nombreux, de Redon à Vitré en passant par Marcillé où il a bon gîte et bon couvert en suivant son seigneur.

En 1471, il assiste au mariage de François II avec Marguerite de Foix, sa seconde épouse, future mère d'Anne de Bretagne. Le duc a fait venir Meschinot personnellement pour chanter la beauté de Marguerite; c’est la consécration officielle du poète. Tout se déroule à Clisson, cher au cœur de Meschinot. C'est sans doute là qu'il va présenter la Bretagne comme une riche région non sans avoir loué auparavant la nouvelle duchesse.
Mais comme le dit notre homme lui-même « après le beau temps, la pluie ». Sa vie prend un tour pénible. En effet depuis avril 1471, son fils Jean est gouverneur du château de Marcillé qu'il fait remettre en état vu les conflits possibles avec Louis XI. Marcillé-Robert

Le Bois Brassu Mais un seigneur de noblesse récente, Jean de Bois Brassu dont le manoir se situe à Carentoir brigue ce même poste pour son fils. Après des reproches véhéments, le fils Meschinot et le père De Boisbrassu en viennent aux injures graves. Le père et le fils des précédents prennent parti. L'affaire s'envenime, le scandale éclate. On porte l'affaire en justice devant le sénéchal de Ploërmel et le conseil ducal. Le sénéchal lui- même ne comprend rien à ce procès. Meschinot écrit alors une supplique au duc où il se présente à nouveau comme « le banni de liesse », du diocèse d'infortune et de la paroisse d'affliction. 
Enfin un accord intervient. Le duc se tire d'affaire en renvoyant dos à dos les parties, ne voulant pas mécontenter de vieux serviteurs l'ayant l'un et l’autre bien servi. De cette période, Meschinot en tire amertume et pessimisme.
Et pourtant de 1480 à1487, il assiste aux Etats de Bretagne à Vannes ou à Rennes. Il s'honore de la charge de Général des Monnaies à la Cour des Comptes de Bretagne.


Les dernières années
Son cœur de Breton attaché à l'indépendance de son duché doit saigner devant les attaques françaises pour mettre à mal celle-ci (siège de Nantes, défaite de st Aubin du Cormier suivie de l'humiliant traité du Verger). Il est possible qu'il y ait combattu. Bilan : 7000 à 8000 conjurés restent sur le terrain contre 1500 pour l'armée royale. Bataille de Saint-Aubin du Cormier

Anne de Bretagne En septembre1488, François II meurt à Couëron après l'invasion de son duché. Et c'est une fille de 11 ans qui règne sur la Bretagne, Anne, fille aînée de François II. « Elle respirait la bonté, la décision et la grâce », nous dit La Borderie dans ses fameux écrits et cours de l'histoire de Bretagne.
Anne connaît Meschinot, il est poète de cour. Entre la fillette de 11 ans et le poète vieillissant s'établit une entente faite de respect et d'admiration réciproques. Ne dit-on pas qu'il aurait parfait son latin, fait découvrir les auteurs anciens et le Roman de la Rose prompt à enflammer l'esprit d'une adolescente cultivée. Il est nommé premier maître de l'hôtel de la jeune duchesse. Meschinot suit sa petite duchesse au cours de ses déplacements.

Nous allons le retrouver à Guérande d'où est originaire sa troisième femme puis à Redon où la petite cour ducale reste quelque temps...

Jean Meschinot s'est remarié avec la fille de Pierre de Kermellec ainsi que nous l'apprenons par l'aveu de la châtellenie d'Escoublac. Son manoir de Clis à Guérande porte son blason (Manoir de Kerpondarmes). Le dernier bien cité passe ensuite dans la famille St Martin.
Manoir de Kerpondarm

Anne est couronnée à Rennes en 1489. Il assiste cette dernière. Il participe encore aux Etats de Bretagne de 1490 en tant que membre de la chambre des Comptes. Et c'est sans doute la dernière cérémonie à laquelle il assiste. Il approche de la fin de sa vie.


« Tu fuis la mort, elle de toi se rapproche »
Le 12 septembre1491, Jean Meschinot meurt. Où exactement? On ne le sait pas. Il reste donc beaucoup d'interrogations à propos de cet homme. Sans doute fut-il marié trois fois. Eut-il des filles? On ne peut pas l’affirmer.

Dans son œuvre on trouve une adresse ou une admonestation à celles-ci mais il peut s'agir d’un procédé littéraire cher aux rhétoriqueurs. Il eut au moins deux fils, Jean qui s'opposa à Boisbrassu et Gilles (sire des Mortiers) qui parmi les seigneurs bretons accompagna le cœur d'Anne de Bretagne de St Denis à Nantes pour être déposé dans la chapelle des Carmes.
Anne a fait représenter sur le tombeau de François II édifié par Michel Colombe les quatre vertus des Lunettes des Princes : Force, Prudence, Justice et Tempérance.
Est- ce un dernier hommage rendu au vieux poète? Pourquoi-Pas?


Force Prudence
Force Prudence
Justice Tempérance
Justice Tempérance

Et aujourd'hui
Il est certain que ce n'est pas un poète majeur de notre littérature mais il est considéré comme l'un des grands rhétoriqueurs. Clément Marot parlant des poètes antérieurs aura pour Meschinot ce vers : « Nantes la brette en Meschinot se baigne ». Il est cité dans de nombreuses anthologies poétiques. Son œuvre principale eut autant de succès que le Testament de Villon.
« Les Lunettes des Princes » fut l'ouvrage le plus imprimé de l'époque. Pourquoi ne pas y voir l'aide apportée par la duchesse Anne, très attachée aux arts et aux lettres car au moins 25 impressions se succédèrent de 1493 à 1539 dont la plus intéressante pour nous bretons fut celle de 1493 tirée sur les presses nantaises lors de l'introduction de l'imprimerie à Nantes.
Meschinot est chanté aujourd'hui encore. Les TRI YANN ont mis en musique le poème : « Princes qu'en mains tenez » et si l'on ne devait de lui retenir un texte, ce serait ce rondeau amoureux.
M'aimerez vous bien,
Dictes par vostre ame?
Mais que je vous aime
Plus que nulle rien,
M'aimerez vous bien?

Editions "Les Lunettes des Princes"
Edition de 1890 Les Lunettes des Princes 
avec préface, note et index d’Olivier de Gourcuff
La bibliographie a sauvé les Lunettes des Princes d’un oubli complet. Tant d’éditions ont été faites de cet ouvrage, et des imprimeurs si renommés, les Vostre, les Pigouchet, les Galiot du Pré, y ont mis la main, que les curieux s’en souviennent et le recherchent encore. Mais on peut douter que ceux mêmes qui l’ont placé sur le rayon de choix de leurs livres rares, entre deux incunables grecs ou latins, aient entrepris de le lire. Nul ne « se baigne en Meschinot » , comme au temps de Marot, et les Lunettes des Princes, que Charles-Quint ajustait sur son nez impérial, sont aujourd’hui sacrées à la façon des odes de Lefranc de Pompignan : personne n’y touche. Sur la foi du titre, on les rapproche parfois du Prince de Machiavel : c’est dire à quel point on les ignore.

Jean Meschinot n’est pas beaucoup mieux connu que son livre. Les anciens bibliographes se bornent à dire qu’il naquit à Nantes et fut maître d’hôtel des ducs de Bretagne. Guillaume Colletet n’avait eu garde de l’omettre dans ses Vies des poètes français ; nous avons extrait cette notice de la copie partielle du précieux manuscrit de Colletet que possède la Bibliothèque Nationale et l’avons publiée à part (à Vannes, Imprimerie Lafolye, 1889). Un seul écrivain moderne, M. P. Levot, dans la Biographie bretonne, a pu donner, sur la vie de Meschinot, quelques indications concluantes ; les renseignements qui suivent sont tirés de cet excellent travail. Nous avons consulté aussi la notice de Colletet.

Jean Meschinot, sieur des Mortières, connu aussi sous le nom de Banni de Liesse, qu’il se donne dans une requête adressée au duc de Bretagne François II, naquit vers 1430, probablement à Nantes. Il entra très jeune au service du duc Jean V (...)

lire la suite sur le site http://fr.wikisource.org/wiki/Les_Lunettes_des_Princes


Edition rare Les Lunettes des Princes
en vente sur le site http://www.artcurial.com
Copie de l'offre du 3/02/2011
Paris, Jehan Bignon, 1539. In-16 de 128 ff.n.ch. ; maroquin bleu nuit grain long, dos lisse, frises de filets droits et ondulés, compartiments ornés de fleurons au petits fers et pointillés, fine dentelle en encadrement sur les plats, roulette intérieure, pointillé et petits fers sur les coupes, coiffes guillochées, tranches dorées (Courteval).
Tchemerzine, IV, 711 : cet exemplaire ; Renouard, III, 745 ; Brunet, III, 1670.
OUVRAGE D'UNE GRANDE RARETE.
C'est la dernière édition des Lunettes des princes ; elle a été partagée entre Jehan Bignon, Gilles Corrozet, Pierre Sergent et Pierre Hermier.
Marque de Jehan Bignon au verso du dernier feuillet, dont le recto est blanc.
Ce petit livre renferme l'essentiel de l'œuvre du poète breton Jean Meschinot (v. 1420-1491), qui fut écuyer des ducs de Bretagne et maître d'hôtel de la jeune duchesse Anne.
Chef-d'œuvre de l'ancienne poésie française, les Lunettes des princes connurent un succès comparable à celui des Testaments de Villon. "On a là un opus magnum, forme chère aux Rhétoriqueurs. S'y déploie en effet tout le talent du Breton pour les formes rimées (...) comme pour la prose". Cf. Bossuat (1992), pp. 816-817.
Le texte des Lunettes est suivi de vingt-cinq Ballades dont le refrain est fourni à Meschinot par le dernier vers des vingt-cinq strophes du Prince de Georges Chastellain. On y trouve une charge de la figure de ce "prince détestable qu'incarnait alors, pour le défenseur des droits bretons comme pour le chroniqueur bourguignon, Louis XI".
EXEMPLAIRE REVETU D'UNE EXQUISE RELIURE DE COURTEVAL EN MAROQUIN BLEU, PARFAITEMENT ORNEE AUX PETITS FERS.
Étiquette imprimée collée au verso de la première garde : "Courteval, relieur, rue des Carmes, n° 5". Il s'agit de la deuxième adresse de ce relieur, actif de 1796 à 1836, qui exerçait auparavant au n° 1 de la même rue (le 5 a d'ailleurs été tracé à la plume en surcharge du 1, imprimé).
Petit manque de papier dans un coin du titre et de deux feuillets, sans atteinte à l'imprimé ; pâles rousseurs, très éparses ; marge sup. un peu courte ; les ff. ont été anciennement numérotés à la plume.
Exemplaire Lindeboom, cité par Tchemerzine (vente de 1925). - Autres provenances : Auguste P. Garnier et Jean A. Bonna, avec les ex-libris.
Estimation 13 000 - 15 000 €
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Prince Qu'en Mains Tenez
Tri Yann Paroles de la chanson

Vous qu'en main tenez tout votre peuple
Pille tant l'hyver que l'este,
Voyez qu'il a trop povre este.

Sont cours aux robins des Princes de Bretagne,
Sont coups aux vilains si Princes les dédaignent,
Ni les cours aux vilains, ni les coups aux robins.

C'est par déplaisirs, faim et froidure
Que les povres gens meurent souvent,
C'est sans déplaisir, fain et froidure,
Que seigneurs entre eux vont battant.

Seigneurs nous tenez comme rebelles,
Parlant plus en hault qu'en bas ton.
Justice ne menez qu'au baston.


Le tombeau de François II

François II s'éteint en 1488, à 53 ans, deux ans seulement après la mort de Marguerite de Foix, sa deuxième épouse et mère de la célèbre Anne de Bretagne. Il sera le dernier Duc de Bretagne, puisque l'alliance avec la couronne de France sera scellée par les mariages successifs d'Anne (avec Charles VIII puis Louis XII) : elle sera deux fois reine de France mais ne pourra finalement empêcher la fin de l'indépendance du Duché, réuni à la couronne de France en 1532.

Anne commande en 1499 un tombeau magnifique pour recevoir dignement les restes de ses parents. Deux artistes sont associés à sa réalisation : Jean Perréal, peintre, architecte, décorateur, « intendant artistique » du roi de France, qui conçoit le plan d'ensemble, tandis que la statuaire est confiée au breton Michel Colombe.

(...) Une fois achevé, le tombeau est placé dans la chapelle des Carmes à Nantes, conformément au voeu de François II qui souhaitait y rejoindre la dépouille de sa première épouse, Marguerite de Bretagne. D'ailleurs à Nantes, le monument est parfois appelé « tombeau des Carmes ». Les restes de Marguerite de Foix, deuxième épouse donc, viendront ensuite s'y associer après qu'Anne aura obtenu du pape Jules II leur transfert de la cathédrale. (...)

 

Les statues d'angle
Ces quatre statues sont particulièrement intéressantes; on peut même considérer qu'elles témoignent le mieux du génie de Michel Colombe. Il s'agit de quatre femmes, en pied, chacune postée à un coin du tombeau. Certains spécialistes tendent à dire qu'elles sont assez maladroitement intégrées à l'ensemble, mais ce n'est pas le plus important à notre avis.
Ces quatre femmes représentent les quatre vertus cardinales : La Prudence, La Tempérance, La Justice et La Force.
Lire la suite de l'article http://nantescathedrale.free.fr/tombeau.htm
Situation du tombeau dans la cathédrale de NantesTombeau de François II