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2012-01-02 00:00 par Alain BERNARD (0 commentaires)

Jean MESCHINOT

L'article sur le poète Jean Meschinot, par Michel Bérenger est consultable sur ce site.

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2009-10-23 00:00 par Christian LE QUELLEC (0 commentaires)

Une épée à inscription du XIIIe siècle

La publication Une épée à inscription du XIIIe siècle, par Stéven Lemaître est consultable sur ce site.

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Une épée du 13e siècle

 
La découverte

Nous sommes en 1977, au bord de l’Aff. Le lit de la rivière est à sec. Une pelleteuse exécute des travaux d’agencement au pied du déversoir qui sera, à cette occasion, chemisé de béton. Instituteur durant l’année et animateur du centre aéré durant l’été Jacques Berthelet, en promenade avec les enfants du centre de vacances, est alerté par un des enfants. C’est le jeune Franck Morand qui vient de trouver dans le « trou des laveuses » « un morceau de fer qui dépassait... ». Ils le sortent avec peine de sa gangue de vase et de roches, au point de le tordre.



C’est ainsi que commence pour nous l’histoire d’un morceau de fer qui en réalité est une découverte rare, une épée du Moyen Age. Car malgré la rouille elle est remarquablement conservée, comme nous le dira en 2009, le jeune archéologue médiéviste Stéven Lemaître.
L’épée sera conservée à plat dans un lieu sec, chez l’instituteur qui à l’occasion du Forum du Patrimoine de novembre 2005 en fera don à l’Association Gacilienne pour la Protection du Patrimoine. A cette occasion Louis Perrigue la montrera à Yvonnick Danard, ex-président de La Société Polymathique du Morbihan et à Michel Brat, artisan en armes médiévales installé à La Gacilly. Tous les deux apporteront la confirmation de l’intérêt de la découverte. La municipalité mise au courant par Louis Perrigue, conseiller municipal, décide de la faire étudier et préserver. C’est le laboratoire "Arc’Antique " de Nantes, qui fera les traitements appropriés pour stabiliser la corrosion.

Les révélations du laboratoire
  L’analyse au rayons X nous apprend que le matériau principal est le fer et qu’il y a aussi des incisions d’argent sur la lame ; le compte rendu du laboratoire nous parle de : « vestiges ténus d’une damasquinure partiellement discernable sur une face, l’autre face portant aussi des traces d’incision seulement visibles sous loupe binoculaire ». Ces éléments apporteront une première « datation précisée à la première moitié du 13e siècle »   
 

 
  En 2007 Ch. Le Quellec rencontra un jeune étudiant rennais Stéven Lemaître qui préparait un mémoire sur la commanderie templière de Carentoir. Lui ayant montré l’épée (qui aurait pu être celle d’un templier) il lui demanda s’il connaissait un spécialiste de l’université capable de déchiffrer l’inscription. Ne trouvant pas de spécialiste Stéven Lemaître fit le travail lui-même, faisant appel aux compétences de Mlle Camille de Cellès, spécialiste en Lettres Anciennes pour la traduction latine.  
L'étude de l'épée

Voici ce que nous dit Stéven Lemaître à ce sujet :«Lorsque vous m’avez montré cette fameuse épée la première fois, j’avoue avoir été extrêmement enthousiaste pour vous aider à apporter de nouveaux éléments à son sujet. J’ai d’abord relu la fiche fournit par le laboratoire Arc’Antique, et ce qui m’a surpris, c’est la méthode utilisée pour la datation, c’est à dire le recoupement des motifs en croix de l’épée avec ceux de différentes monnaies qui permet alors d’avancer une date de la première moitié du 13e siècle. Cela peut sembler logique, cependant, ce type de croix existe sur d’autres lames franques comme celle-ci depuis le début du 11e siècle, on ne peut donc pas prendre en compte uniquement ces motifs comme éléments de datation. C’est la typologie même de l’épée qui permet d’en préciser la date.
     



 

Complément
« les mensurations de la garde («croisillons» dans le texte, autre terme pour quillons),correspondent à un style du 13e siècle et non du 11e-12e siècle : «[...] les croisillons s’allongent considérablement, ils vont atteindre 18-20 cm contre 9-10 cm pour l’époque précédente » (Jean-Pierre Arrignon, « Le guerrier russe (IXe - XIIIe siècle), d’après les données archéologiques», dans Le combattant au Moyen Âge Nantes, CID, 1991, p.127-128 ).



La poignée : le pommeau

Elle possède un pommeau rond qui apparaît en occident au tout début du 12e siècle, remplaçant les pommeaux dits « viking ». 


La poignée : la garde et les quillons

La poignée est courte ce qui signifie qu’elle s’utilisait à une main. Il faut attendre le dernier quart du 13e siècle pour voir apparaître des épées à deux mains. La garde est droite et les quillons très sobres et peu forgés (les gardes courbes font leur apparition au milieu du 12e siècle). La garde droite se maintient jusqu’au 13e siècle.

  La lame

La forme de la lame est très peu profilée, elle est typique des armes de taille (coup avec le tranchant) existant jusqu’au dernier quart du 13e siècle. Pour ce type d’épée le fort de la lame ne comporte pas de chappe laissant la gouttière démarrer dès le début de la lame, c'est une autre caractéristique des épées des 12e et 13e siècles.


La lame : Le faible

Le faible de l’épée est le dernier tiers de la lame jusqu’à la pointe. Le fort de la lame est la première moitié en partant de la garde.


Mesurant 87,5 cm, ce type d’épée apparaît lors du dernier quart du 11e siècle et il est largement diffusé pendant la première moitié du 12e siècle. D’après cette analyse, on peut préciser une origine du milieu du 13e siècle confirmée par l’inscription au fil d’argent connue essentiellement à cette période.»

Complément
Les premiers indices, donnant une certaine précision à la datation, proviennent de l’évolution des inscriptions et des lettres utilisées dans le groupe NED VII (voir l'article de Jean-Pierre Arrignon ). Le groupe VII-8 (celui de l'épée) est daté du milieu du 13e siècle (VII1 et VII3 sont antérieurs).  Les hypothèses des historiens ont sans doute été confirmées à partir de méthodes de datation comme la thermoluminescence, le carbone 14, la stratigraphie...


Le décryptage de l'inscription
  En ce qui concerne l’inscription, voici ce que nous dit Stéven Lemaître : «Ce fut le principal sujet de ma recherche, car elle permettrait peut-être d’en connaître sa provenance voire son propriétaire. Comme je vous l’ai expliqué, un heureux hasard m’a fait découvrir dans un acte de congrès intitulé « Le combattant au Moyen Âge ». un article de Jean-Pierre Arrignon « Le guerrier russe (11e-12e siècles), d’après les données archéologiques ». C’est dans cet article que j’ai découvert, à ma grande surprise, le même type d’inscription que sur l’épée. J’ai pu ainsi reconstituer l’inscription, hormis les deux avant-dernières lettres ».  
  Avant  
 

 
  Après  
 

 
  Dont voici la transcription en police actuelle.  
 

 
  A l’analyse des données de l’article, se dégagent différents groupes de caractères, ainsi que leur signification et leur traduction faite par Mlle Camille de Cellès, doctorant en Lettres Anciennes :

SNEnO / Salvatoris Nomine nostri Omnipotensis : Au nom de notre Sauveur Tout-Puissant.
NeXORE / Nomine Christi Omnipotensis Redemptaris Eterni : Au nom du Christ Tout-Puissant Redempteur Eternel.
D / Domini : Seigneur.
Ne / Nomine : Au nom de.
ROE? ? S : Il peut s'agir d'un nom de famille, d'un prénom ou de la suite de l'invocation:  Redemptoris Omnipotensis Eterni.
Entre le E et le S, l'espace peut être comblé par 2 caractères.
 
     
Le propriétaire de l'épée
  «La plupart de ces épées ont été fabriquées par des forgerons Rhénans, il est donc fort probable que celle-ci provient de ces forges. Je cherche en ce moment d’autres modèles de cette époque en Bretagne et plus largement en France, mais en vain pour l’instant.», nous dit Stéven Lemaître. En conclusion si l’inscription au fil d’argent est connue pour la période 11e et 12e siècle, c’est par son inscription qu’elle peut être datée avec une forte probabilité aux environs de 1250 : elle appartient au groupe SNED VII 8 (« Le guerrier russe (IXe - XIIIe siècle), d’après les données archéologiques», dans Le combattant au Moyen Âge Nantes, CID, 1991, p. 1328 ).  
  Stéven Lemaître fait observer que «le dernier domini de l’inscription ne désigne pas forcément Dieu ou le Christ, mais peut-être un seigneur et ou le forgeron lui-même, comme le souligne Jean-Pierre Arrignon». Steven Lemaître justifie ce point de vue par le fait que «les inscriptions sont très personnelles, en effet sur les 102 épées étudiées, aucune n’est identique, ce qui témoigne plus d’une intention personnelle du commanditaire et moins celle du forgeron». Aussi reste-t-il prudent sur la fin de l’inscription. Ainsi à 2 lettres près nous ignorons si c’était le nom du propriétaire ou la fin de l’invocation. Certes il semble raisonnable de penser que le propriétaire ou tout au moins le premier acquéreur n’était pas « un milites ou un simple soldat, mais plutôt un seigneur ».  

 

 
  Sergents d'arme
Détail épée
 
  Complément
La période où l’épée a été forgée correspond au règne du duc de Bretagne Jean I Le Roux, fidèle au roi capétien saint Louis. Durant son règne le développement économique de la Bretagne s’affirme. Philippe de Montauban puis Olivier II de Montauban, seigneurs de la châtellenie de La Gacilly, sont ses vassaux. C’est seulement en 1320 qu’Olivier III de Montauban fera construire le premier pont de La Gacilly.
 
  Allez plus loin nous fait entrer dans le domaine des spéculations. Or le champ des possibilités est vaste on ne peut pas connaître les conditions de sa perte, ni la date, ni son propriétaire du moment, puisque déjà sur cette période de la première moitié du 13e siècle, beaucoup de prétendants peuvent être envisagés : des locaux par exemple templier, chevalier, mais aussi chevalier d’une troupe battant la campagne durant la révolte des grands seigneurs féodaux mécontents du pouvoir monarchique etc. Le propriétaire restera donc anonyme.  
L'article de Jean-Pierre Arrignon
  Agrégé d’histoire et docteur d’État Jean-Pierre Arrignon a été professeur d’histoire médiévale à l’université d’Artois, chargé de conférences à l’École des hautes études en sciences sociales (Centre d’études byzantines, néo-helléniques et du sud-est européen). Son article « Le guerrier russe (IXe - XIIIe siècle), d’après les données archéologiques», dans Le combattant au Moyen Âge Nantes, CID, 1991, p. 123-150, fait le point sur le guerrier russe de l’époque pré mongole. Tout son armement y est étudié, l'épée en particulier qui est son « arme par excellence ». Ce sont de fouilles archéologiques faites dans des sites funéraires (kourganes) qui ont livré de grandes collections d’armes. Les épées sont des armes largement répandues en Russie médiévale. Armes précieuses et vénérées, les épées se transmettaient de père en fils.  
  Elles ont été classées en deux catégories principales : les épées carolingiennes (fin 9e-première moitié du 11e siècle) et les épées romanes (deuxième moitié 11e –13e siècle). Ce sont ces dernières qui nous intéressent.  
 
Les épées sont classées en deux groupes. L’épée de La Gacilly a une structure intermédiaire entre les celles de la deuxième moitié 11e et début 12e siècle et celles de la deuxième moitié 12e et surtout 13e siècle. Mais comme il s’agit d’une épée à inscription dont le contenu des sigles renvoie à des éléments de la terminologie religieuse elle proviendrait de l’Occident franc, nous dit un auteur du 9e siècle.  
  Ces inscriptions ont fait l’objet d’une étude particulière du savant russe D.A. Drboglav. Une répartition en 9 groupes permet de préciser les datations. Ainsi l’épée de La Gacilly qui appartient au groupe établi par Wegeli : groupe VII NED - Nomine Domini sous groupe VII-8 a) +SNEDnOENEDXIVUME serait datée milieu du 13e siècle.  
  Textes :
Stéven Lemaître et Christian Le Quellec  
  Mise en page : Alain Bernard  
  Corrections : Alain Bernard et Michel Bérenger  
  Photos : Alain Bernard, Jacques Berthelet, Stéven Lemaître et Christian Le Quellec  
  Coordination : Christian Le Quellec  

  Les remerciements s'adressent à tous ceux qui de près ou de loin ont permis que ce cahier puisse voir le jour : le jeune inventeur de la découverte Franck Morand, Jacques Berthelet qui a préservé l'épée, la municipalité de La Gacilly pour le financement de la restauration, Stéven Lemaître, jeune archéologue médiéviste, pour le décryptage de l'inscription et la datation de l'épée, et enfin au webmaster Alain Bernard pour l'intégration de l'article sur le site.